Transition énergétique : comment sortir de l’inaction climatique ?

La « transition énergétique » aura-t-elle lieu ?
Face au réchauffement climatique, il est urgent d’agir !

Après la 30ème COP qui est un échec de l’aveu général, on peut s’interroger sur la réalité de la « transition énergétique » et surtout se demander comment sortir de l’inaction climatique.

Une transition énergétique… qui n’a toujours pas commencé !

Tout d’abord, il s’agit d’être lucide sur la réalité de la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la « neutralité carbone » en 2050.

Il y a urgence ! Comme le CO2 émis reste dans l’atmosphère, il faut réduire les émissions à zéro pour que le réchauffement cesse de s’aggraver.

Or, la cible est dans seulement 25 ans et la transition énergétique n’a toujours pas commencé. En effet, l’essor des énergies renouvelables n’a pas fait pas reculer les énergies fossiles.

Le monde n’a jamais autant consommé d’énergies fossiles qu’aujourd’hui. En fait, les différentes énergies ne transitionnent pas entre elles mais se cumulent.

L’agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit même que la consommation de pétrole et de gaz naturel augmentera jusqu’en 2050 « si les politiques actuelles ne changent pas ».

Des objectifs de limitation du réchauffement qui s’éloignent…

La communauté scientifique a acté que limiter le réchauffement planétaire sous 1,5°C à l’horizon 2100 (par rapport à la période préindustrielle 1850-1900) n’est désormais plus atteignable.

L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée et la 1ère où les températures mondiales ont dépassé 1,5°C. D’après le Haut conseil pour le climat, « sans renforcement des politiques existantes, le réchauffement global atteindrait 3,1 °C d’ici 2100 ».

Cette augmentation moyenne des températures génèrera des phénomènes météorologiques extrêmes : canicules, sécheresses, incendies de forêt, fortes précipitations, inondations…

Au-delà de 2°C, on franchira aussi des points de bascule climatiques : effondrement des courants océaniques (qui transportent la chaleur de l’Équateur vers les pôles assurant un climat doux en Europe), extinction des barrières de corail (essentielles pour la vie marine), dégel du pergélisol boréal (qui contient 2 fois plus de carbone que l’atmosphère) etc.

30 COP… pour rien ?

La 30ème COP qui s’est tenue au Brésil en novembre n’a pas plus que les autres apporté de réponses à l’urgence climatique. L’accord final ne parle même pas de sortir des énergies fossiles !

La France a dit regretter ce manque d’ambition… mais avait invité le patron de Total Energies dans la délégation officielle.

Ça tombait bien, Total co-exploite des gisements offshores au large des côtes Brésiliennes et a signé un contrat, pendant la COP, pour un nouveau champ pétrolier au large du Guyana, petit pays limitrophe. A rebours des impératifs climatiques, Total va augmenter de 3% par an sa production de pétrole et de gaz au moins jusqu’en 2030.

Comme quoi, les postures politiciennes sur la transition énergétique masquent (mal) le soutien étatique aux intérêts économiques fossiles.

Bien sûr, l’action de Trump, ouvertement climato-sceptique et pro-fossiles, et celle des autres pays producteurs d’hydrocarbures est hautement néfaste mais il serait naïf de croire qu’il y a les méchants américains ou chinois et les gentils européens.

D’ailleurs, la France et l’Europe ont refusé d’augmenter leur contribution aux pays les plus pauvres pour s’adapter au changement climatique et laisser dans le sol leurs ressources fossiles, ce qui était pourtant un enjeu majeur de cette COP.

Des causes structurelles à l’inaction climatique

Le débat sur la « transition énergétique » se focalise surtout sur le mix électrique, voire sur les mérites comparés des renouvelables et du nucléaire.

Au niveau mondial, la production d’électricité est responsable de 40% des émissions de CO2. Notamment avec le solaire qui est bon marché, on peut espérer une décarbonation du secteur. Pour autant, il faut regarder les évolutions en quantité globale : par exemple, la chine cumule le record d’installation de renouvelables et de nouvelles centrales au charbon.

En revanche, en France, le mix électrique est depuis longtemps largement décarboné grâce au nucléaire et à l’hydraulique.

En fait, le défi majeur est de décarboner la grande majorité des émissions fossiles générées par les transports, l’industrie, les bâtiments et l’agriculture… et là ça se complique sérieusement.

Si l’on se réfère à la Stratégie Nationale Bas Carbone française, la neutralité carbone repose sur la sobriété – réduction de plus de 40% de la consommation d’énergie finale d’ici 2050 – et l’électrification des usages fossiles.

Curieusement, il n’y a pas de politiques publiques pour mettre en œuvre cette sobriété colossale, dont on parle d’ailleurs très peu. Pour cause, la décroissance – même ciblée à certains secteurs – va à l’encontre de l’économie capitaliste basée sur l’accumulation de capital qui se réalise par la vente de marchandises toujours plus nombreuses.

D’autre part, l’électrification des usages fossiles se fait toujours attendre.

Ainsi, les centaines de millions investis par RTE pour renforcer l’alimentation de la zone de Dunkerque ne serviront probablement pas à ArcelorMittal qui a suspendu l’électrification prévue de 2 fours et abandonné le projet d’usine de production de chaux vive à zéro émission (utilisée dans la fabrication de l’acier). Pourtant, l’Etat s’était engagé à verser 1,8 Milliards d’€ pour décarboner ce site responsable de 15% des émissions industrielles françaises. C’est plutôt une délocalisation qui se profile en raison du « manque de rentabilité » pour Mittal de l’acier à faible émission de CO2.

Comment faire cesser le recours aux énergies fossiles dans la métallurgie, la chimie, l’agro-alimentaire etc. sans contraindre les industriels qui ne voient que leur intérêt financier immédiat ?

Dans le bâtiment, l’isolation thermique ferait baisser la consommation de chauffage mais on attend toujours un plan de rénovation de l’ancien et la construction de plus de logements aux normes actuelles, en particulier dans le logement social.

Pour les transports, le sujet n’est pas tant d’électrifier les voitures (dont le bilan carbone par rapport à une thermique est environ 2 fois inférieure) mais d’en diminuer le nombre, en particulier dans les grandes villes. Il faudrait financer des transports collectifs pratiques et gratuits et développer aussi le fret ferroviaire au lieu de l’enterrer.

Et ce n’est pas la taxe carbone qui changera nos modes de consommation. C’est juste une TVA supplémentaire qui va pénaliser les moins fortuné·es.

Il faut changer la société !

La vraie question est : qu’est-ce que la société choisit de produire, de consommer, comment on le produit et en quelle quantité.

Pour commencer, il faut neutraliser les intérêts privés industriels et financiers qui prospèrent sur l’épuisement de la planète. Seul un contrôle public et démocratique de la production permettrait de décarboner nos modes de vie.

Dans le secteur électrique, il est nécessaire de nationaliser les entreprises et de sortir du marché. On voit d’ailleurs que le prix élevé de l’électricité, qui ne reflète plus les coûts de production, est un frein majeur à l’électrification.

Les objectifs climatiques passent aussi par une autre répartition des richesses. Si tout le monde vivait comme la moitié la plus pauvre de l’humanité, le réchauffement ne serait pas un sujet. Inversement, les 10 % les plus riches sont responsables de la moitié des émissions.

L’accès de toute la population mondiale à l’eau, la santé, l’éducation implique de contraindre les plus riches à réduire leurs émissions. Or, la France est loin de montrer l’exemple en étant le 1er marché européen pour les jets privés et en accueillant chaque été la moitié de la flotte mondiale de yachts en méditerranée…

Agir ensemble

On peut déjà agir au sein des entreprises, en mettant en commun nos connaissances et en pesant collectivement sur les choix des dirigeants.

En ce qui concerne le réseau électrique, nous ne pouvons que déplorer l’absence de « transition énergétique » qui se matérialise par la stagnation de la consommation et même une tendance à la baisse depuis 2018. Faute de nouveaux usages, le développement des renouvelables cumulé au renouvellement du nucléaire, risque de générer une surproduction chronique d’électricité.

Pour le moment, la seule perspective tangible de hausse de la consommation tient à l’implantation des data centers liés à l’IA générative, pour lesquels RTE déroule le tapis rouge. Une procédure spéciale de raccordement « fast-track » va réduire les délais en pré-réservant des sites, alimentés en piquage sur des lignes 400kV ou à proximité de postes déjà existants, pour fournir entre 400 et 1000 MW (l’équivalent d’une tranche nucléaire !).

Si l’entreprise doit s’adapter à l’environnement politique et économique, elle reste responsable de son bilan carbone.

Par exemple, il reste beaucoup à faire pour diminuer les principaux postes d’émissions de CO2 : les pertes électriques du réseau, le patrimoine industriel, les achats de matériels et service, les rejets de SF6.

Ainsi, la CGT soutient les agents de l’exploitation qui proposent de travailler sur les schémas de conduite du réseau afin de limiter les pertes Joules, ce qui passe par la création d’emplois dédiés en région.

Au motif que les rejets de SF6 ont baissé ces dernières années, RTE relâche les efforts. Le renouvellement de postes PSEM parmi les plus fuyards a été repoussé pour faire des économies. Rappelons que le SF6 est le plus puissant gaz à effet de serre et son utilisation est interdite depuis le protocole de Kyoto en 1997 (hors dérogation industrielle).

L’augmentation des émissions liées à la croissance du patrimoine industriel peut être limitée par l’estimation et la prise en compte des émissions de CO2 dans les choix techniques de construction.

Par ailleurs, il y aussi beaucoup à faire en matière d’impact de nos activités sur la biodiversité et de rejets dans l’environnement, comme les huiles usagées qui se déversent par dizaine de milliers de litres chaque année dans les sols ou l’atmosphère, sans que RTE ne s’en préoccupe réellement.

Les questions environnementales et l’urgence climatique sont indissociables du combat pour la justice sociale. Il n’y a pas de fatalité face à l’inaction des gouvernements et des entreprises.

L’écologie sans lutte des classes c’est du jardinage ! (dixit Chico Mendes militant syndical brésilien)

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